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Triste GUYANE, on achève bien les hommes
"Cela fait maintenant une petite dizaine d’années que cela dure, presque dans l’indifférence générale."

Pierre-Michel FORGET, Dr. en biologie végétale tropicale, maître de conférences du Muséum National d’Histoire Naturelle et président de l’Association for Tropical Biology and Conservation (ATBC) :

"Au début, c’était presque imperceptible, noyé dans l’enfer vert, invisible pour tous, aux confins du territoire de la France Equinoxiale, rarement visitée, ou de manière anecdotique, par les personnes autorisées, les politiques, des Ministres de la République, au gré des élections, un futur Président et son ex.

Seuls quelques illuminés écolo, témoins oculaires de ces régions remisées, interdites, écrivaient alors dans des revues dites « engagées », enragées même, trop obscures car locales donc ignorées.

Ils criaient au scandale, à l’incurie, que dis-je, hurlaient, tels les primates de la forêt, leur désespoir d’être les témoins des derniers Peuples dit ‘premiers’, premiers sur la liste d’une mort annoncée, presque méthodiquement programmée par les autres Hommes, les derniers arrivés.

Car au-delà de l’achèvement d’une nature pluri-millénaire, c’est aussi la destruction d’une culture amérindienne adaptée aux conditions extrêmes de la forêt tropicale dont il est question aujourd’hui, en octobre 2008, alors que l’on va célébrer le centenaire de Claude LÉVI-STRAUSS. On aurait aimé mieux pour un anniversaire : TRISTE GUYANE !

Le MERCURE s’immisce chaque jour un peu plus dans la chair des poissons, dans celles des Hommes des fleuves de la Guyane aussi.

Il y avait bien quelques signes avant-coureurs – des malformations physiques, des problèmes psychiques - de l’épidémie qui couvait en Guyane. Mais loin des yeux… En ces temps bénis où la toile guyanaise était encore celle des araignées sociales, que la planète terre n’était pas encore googlisable, les arbres de la forêt à peine visibles par les satellites, on pouvait presque dire qu’on ne savait pas.

Presque, car on savait déjà ; on en savait même déjà trop, ou pas encore assez. Il y avait pourtant eu un précédent : MINAMATA.

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P.M Forget sur le terrain

Mais cela, même les autorités scientifiques les plus respectables disaient que ce n’était pas possible en Guyane, et pourtant les faits disent le contraire, dix ans plus tard. Crise économique en fond de cour, cours du dollar en chute vertigineuse, euro en pente ascendante, prix du baril de pétrole qui explose, Or qui décolle au gré des lancements de la fusée Ariane, la Guyane est passée de l’enfer vert à l’enfer marron, la couleur des eaux des fleuves.

Il y a trop de signes évidents, et il n’est plus besoin de s’envoler à des milliers de mètres en altitude pour les voir, comme les satellites qui perçoivent dorénavant jusqu’à la plus petite trace de présence d’ORPAILLEURS sous le couvert végétal. Il suffit de s’installer devant un écran d’ordinateur, de contempler la Guyane vue du Ciel, de son écran plat, depuis Google Earth ®.

Chaque bulle bleue sur les lit des anciennes criques (rivières) est un PLACER D’ORPAILLEURS, souvent clandestin, le plus souvent en provenance du Brésil.

Ensuite, il n’est pas difficile d’imaginer les alentours. La forêt a été vidée de sa faune. La moindre crique a été nettoyée à la lance, au bulldozer, détournée, retournée, l’eau est devenue invivable pour les poissons, la flore. Les espèces aquatiques et terrestres ont disparu, et les hommes ne peuvent plus s’alimenter. Alors, ils se nourrissent de conserves.

Déjà, dans les années soixante, le géographe Jean HURAULT nous alertait sur les conséquences désastreuses de cette alimentation moderne, en boite, sur la santé des peuples de la forêt. Quand la nature Guyanaise aura disparu, quand il n’y aura plus de gibier, plus de plumes pour les coiffes, plus d’ossements pour les instruments de musique, alors il n’y aura plus de culture Wayana, côté frontière Ouest, face au Surinam, Wayampi de l’autre, coté Est, face au Brésil.

On a beau prétendre protéger la Nature en Guyane française, au Brésil, avec des Parcs Nationaux, à quoi cela servira-t-il s’il n’y a plus personne pour en profiter, puisqu’en Guyane, on achève bien les Hommes."

CYBER ACTIONS : http://www.cyberacteurs.org/actions/action.php ?id=330


CONTACT : Pierre-Michel FORGET - Département Ecologie et Gestion de la Biodiversité - Muséum National d’Histoire Naturelle - 4 avenue du Petit Château - 91800 Brunoy - pmf@mnhn.fr Il est aussi expert associé du Comité de Veille Ecologique de la Fondation Nicolas Hulot (FNH)

Sortie en salle le 15/10 du FILM "LA FIÈVRE DE L’OR" - http://www.lafievredelor.com/site-officiel.htm


RÉFERENCES : Jean HURAULT (1968) Les indiens Wayana de la Guyane française. Structure sociale et coutume familiale. Mémoires ORSTOM N°3 (5). Edition de l’ORSTOM. Pp. 152 - Jean-Marcel HURAULT, Françoise et Pierre GRENAND. (1998). Indiens de Guyane. Wayana et Wayampi de la forêt. Editions Autrement. IRD éditions

L’Enquête mercure dans le Haut-Maroni réalisée par l’association Solidarité Guyane en mars 2004 - http://www.blada.com/chroniques/2004/103-Enquete_mercure_dans_le_Haut-Maroni.htm

Le rapport de France Nature Environnement - GEPOG - IUCN - http://www.actualites-news-environnement.com/18306-or-vert-jaune-fievre-ronge-guyane.html

http://www.fne.asso.fr/fr/themes/question.html ?View=entry&EntryID=167

- Rapport Ministère de l’Ecologie et de l’Outre-Mer
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